Dossiers 12 mars 2019

La tornade meurtrière du 22 octobre 1844 – Bassin de Thau

Une des plus puissantes tornades recensée en France

Intensité : EF4 sur l’échelle de Fujita améliorée (vents entre 267 et 322 km/h)
Communes impactées : Sète, Balaruc-les-Bains, Balaruc-le-Vieux, Poussan, Cournonsec, Cournonterral
Distance minimale connue : 19,8 km

Bilan humain : 20 morts dont plusieurs personnes aspirées et transportées dans les airs.
Bilan matériel : débris divers envolés jusqu’à une distance de 20 km – arbres pulvérisés ou déracinés – maisons et immeubles rasés, écroulés ou très sévèrement endommagés – toitures arrachées totalement – bateaux coulés ou très sévèrement endommagés – barques soulevées et transportées à grande distance – pavillon du Génie détruit – clocher de l’église en construction détruit – arbre de la place de la mairie de Sète retrouvés dans les garrigues alentours ou dans l’étang – rochers du môle Saint Louis soulevés.

Trajectoire

Une trombe à l’origine de cette tornade dévastatrice

C’est l’histoire d’une trombe marine qui se forme au large de Sète et qui entre dans les terres… Cette histoire s’est répétée au moins 5 fois depuis 1844 ! La plupart du temps, ces trombes qui se transforment en tornade en touchant terre sont pratiquement inoffensives ou provoquent peu de dégâts. Mais l’histoire fût dramatiquement différente en 1844 : les habitants de Sète et du bassin de Thau ont vu un monstre tout arracher dans leur ville.

De nombreux témoignages et recherches sur ce phénomène

Cet événement exceptionnel a été à la Une de l’actualité pendant plusieurs semaines.

« Le 22 octobre 1844, à 4 h. 25 m du soir, par un temps affreux, le baromètre étant à 733mn , le vent soufflant avec force dans toutes les directions, on vit venir de la mer à l’entrée du port un vaste nuage noir comme de l’encre, dans lequel brillaient des lueurs assez vives. La pluie et la grêle tombaient à profusion, accompagnées de coups de tonnerre et d’éclairs violacés.

A son passage au dessus du môle, ce nuage souleva plusieurs des énormes rochers roulés à sa base et qui le défendent contre les vagues. Il se porta rapidement vers le paratonnerre du pavillon du Génie et l’abattit presque en entier par un coup foudroyant. Un bruit épouvantable se fil entendre, semblable à l’explosion d’un magasin à poudre. La toiture du pavillon, recouverte de plaques de zinc, fut déchirée et enlevée dans le tourbillon, et les murs de l’édifice croulèrent avec un horrible fracas. Deux maisons voisines furent complètement rasées.

Les navires qui étaient dans le bassin furent renversés, jetés sur le flanc ou chavirés : les voiles, les antennes, les agrès, brisés, volèrent en lambeaux. Au milieu d’une épaisse obscurité et d’un bruit assourdissant, comme celui de centaines de charrettes chargées de fer et roulant sur le pavé, la trombe emporta dans les airs des barques, des hommes, des tourbillons de vase et de boue ; des fermetures arrachées, des pièces métalliques scellées dans les murs, furent traînées à grande distance ; les tuiles des maisons furent enlevées par milliers ; et l’on retrouva des débris de toute espèce à plusieurs mille mètres, jusqu’à Bouzigues et à Cournonterral.

Pendant tout ce temps, une pluie véritablement diluvienne inondait la ville. La trombe, suivant la direction du canal, brisa des embarcations, resserrant le plus souvent ses ravages sur une largeur de 2 à 5 mètres et laissant des nacelles intactes à côté de navires démâtés. Sa trace était sinueuse et dirigée vers l’ouest. Ce météore ne dura que quelques minutes, et l’on eut à déplorer la perte de 20 personnes tuées ou noyées.

6 navires furent engloutis, tous les autres éprouvèrent des avaries. 200 maisons furent rasées ou endommagées. Dans les appartements on vit des cloisons renversées, les vitres brisées ou simplement percées. En s’éloignant de Cette, la trombe longea l’étang de Thau et traversa le territoire de Balaruc, précédée par une averse de grêle. Elle brisa ou déracina des arbres ; des oliviers arrachés furent soulevés rapidement et retombèrent aussitôt .

A son entrée dans la garrigue de Poussan, la trombe est décrite comme ayant l’aspect d’un nuage très dense en forme de cône renversé, communiquant avec le sol par une large colonne de vapeurs où brillaient des lueurs rougeâtres. Arrivée dans les environs de Cournon, elle n’était plus qu’un nuage orageux, d’où jaillissaient des coups de tonnerre et des éclairs incessants. — Le lendemain, on signala plusieurs sinistres en mer, et deux navires vinrent échouer près d’Agde. »

Extrait de « Recherches sur la météorologie et les météorologistes à Montpellier par Edouard Roche » – 1898

Une situation météorologique automnale

Ce type d’orage surpuissant se produit assez régulièrement en automne pendant les importants conflits de masse d’air entre été et hiver : de l’air froid arrive par l’Ouest et le bassin Atlantique provoquant une forte advection d’air chaud en flux de Sud à Sud-est sur notre région. Ce conflit déstabilise l’atmosphère et des orages diluviens et venteux peuvent survenir. Nous n’avons pas pu récupérer les données synoptiques de 1844 mais nous pouvons aisément imaginer que l’instabilité devait être extrême ce jour là et qu’il s’agissait d’un orage supercellulaire.

Article réalisé avec les données de l’observatoire Français des tornades et des orages violents – Keraunos